
L’Ill, rivière importante de l’Alsace et située aux portes de Colmar, n’est représentée au cœur de la ville que par ses affluents, la Lauch et le canal du Muhlbach ; pourtant, avec ses 2.500 hectares traversés par le cours de l’Ill, le secteur Nord du ban communal de Colmar constitue la principale zone humide du Haut-Rhin et représente un tiers de l’entité écologique qui caractérise la plaine d’Alsace : le ried.
Ces cours d’eau phréatiques ne doivent pas être confondus avec les « giessens », qui dessinent des chenaux anastomosés (c’est-à-dire en tresse) dans lesquels coulent également des eaux vives et peu profondes, mais reliées à une rivière principale alimentée par les cours d’eau vosgiens.
Certes, les cours d’eau phréatiques occupent pour la plupart les anciens chenaux de l’Ill, mais ils sont alimentés par la nappe subaffleurante : les sources naissent sous forme de résurgence de la nappe, mise sous pression quand celle-ci rencontre une couche de gley (argile imperméable).
Depuis l’âge de fer et jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, le ried du Centre-Alsace était une région densément peuplée car, en s’adaptant au lieu, l’homme a pu y exploiter de manière durable le fruit des multiples ressources naturelles sans en entamer le capital : cultures et vergers sur les levées non inondables, pâturages sur les terres engorgées, forêts pour le bois d’oeuvre sur les terrasses graveleuses, bois de chauffage dans les dépressions, prés de fauche dans le lit d’inondation de l’Ill, poissons et graviers des rivières.
Les différentes fonctions assurées par les rieds sont autant de valeurs qui représentent des économies effectuées en préservant cet espace : épuration des eaux de ruissellement et des eaux souterraines qui seront captées pour la consommation humaine, fertilisation naturelle des sols, écrêtement des ondes de crues par épandage sans risque dans un secteur non urbanisé, maintien d’un débit d’étiage pour les cultures et la végétation en période de sécheresse, écosystèmes favorables aux prédateurs qui limitent le développement des parasites.
Une faune nombreuse et variée fréquente les espaces humides, les haies et les prairies, à l’instar du courlis cendré. Il y a quelques années, le secteur de la forêt du Niederwald, située dans le ried de l’Ill, a été désigné pour amorcer une action de réintroduction de la loutre, dont les épreintes signalent parfois sa présence au niveau du pont du Riedbrunnen.
Randonner à pied, à vélo ou en canoë dans le ried de l’Ill, c’est découvrir une zone inondable de l’Ill encore fonctionnelle entre le lieu-dit colmarien «Maison Rouge» et Erstein dans le Bas-Rhin, condition essentielle pour maintenir les zones humides remarquables du ried Centre-Alsace.